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Lecture analytique n°3

Proposition d’analyse d’un extrait du chapitre 30  de Candide: « Candide, en retournant dans sa métairie… » jusqu’à la fin.

Voltaire, de son vrai nom François-Marie Arouet, est au XVIIIe siècle un des principaux philosophes des Lumières. De son vivant, il tire sa célébrité des combats qu’il mène contre les injustices et l’intolérance, comme dans l’affaire Callas. En tant qu’écrivain, il est connu pour la richesse de sa production : tragédies, essais, ouvrages historiques, lettres… C’est aussi un précurseur dans le genre du conte philosophique, caractérisé comme un récit de fantaisie valorisant une véritable sagesse. Le plus fameux est sans doute Candide. Au cours du livre, le héros a rencontré une série d’épreuves qui l’ont poussé à réévaluer la philosophie de son maître Pangloss. Arrivé au bout de son parcours et entouré des principaux personnages du livre, il doit alors donner  un sens à sa quête.


Comment le conte philosophique confronte-t-il l’homme au bonheur ou au malheur?

 

  • I- Le passage constitue la fin de la quête du bonheur menée par le héros

 

a- Cette fin est un bilan faisant référence à certains épisodes précédents du conte. La « métairie » et « le discours du Turc » (1) sont des rappels récents du chapitre 30 ; les « six rois » (3) font remonter au chapitre 26 ; Pangloss (19 à 24) résume des péripéties du livre en énumérant plusieurs épreuves subies par Candide: « chassé, mis à l’Inquisition, coup d’épée, perdu tous vos moutons», mais il les intègre à un schéma narratif positif par ses situations initiale « beau château » (20) et finale « des cédrats confits et des pistaches » (23-24).


b- Ce  passage rassemble la plupart des personnages, témoins ou acteurs de la quête du bonheur. Candide, Pangloss et Martin sont valorisés car ils expriment une dernière fois leurs idées au discours direct. Les autres sont présentés dans une énumération précisant leur destin plutôt positif (16 à 18) et sont assemblés sous l’expression « Toute la petite société » (15). Seul l’opposant à Candide, le Baron, reste exclu de ce chapitre.


c- Pangloss voudrait imposer sa vision du bonheur à la fin du conte. Il essaie d’abord de se valoriser auprès de son disciple comme un grand historien par une longue énumération factuelle illustrant sa vaste culture (4 à 10). Il veut aussi être un grand pédagogue dans sa deuxième réplique : il laisse d’abord parler son élève puis il le complimente pour suggérer la qualité de son propre enseignement, tout en s’efforçant d’avoir le dernier mot. Mais il souhaite surtout imposer sa philosophe optimiste, dérivée de celle de Leibniz, en prenant trois fois la parole  et en réutilisant l’expression clé du chapitre 1 : « dans le meilleur des mondes possibles » (19-20).

 


    Pourtant, ce n’est pas cette thèse qui domine finalement.

 


  • II- Candide fait prévaloir sa conception du bonheur sur celles de ses anciens maîtres à penser

 

a- Pangloss est finalement disqualifié car il n’a pas évolué au fil du conte. Son premier discours  (3 à 10) est historique et donc tourné vers le passé : à la différence des philosophes des Lumières, il est incapable d’envisager l’avenir. Sa deuxième intervention (11 à 13) fait référence à la Bible et utilise le latin : sa pensée semble donc manquer d’autonomie. Le troisième discours (19 à 24) est encore celui d’un homme tourné vers le passé, nostalgique de ce qui est déjà arrivé. Il modifie même la réalité des faits en utilisant une logique absurde : la plupart des aventures de Candide sont négatives mais elles aboutissent à une conclusion surprenante car positive. Cette tentative pour fausser le réel est aussi visible quand Pangloss triche sur la chronologie en plaçant l’Eldorado, seul épisode heureux du parcours, en fin d’énumération alors qu’il est au centre du conte philosophique.

b- Martin a mieux évolué car il est capable, à la différence de Pangloss, de s’orienter vers l’avenir, ce que montre le verbe à  l’impératif « Travaillons » (13) ouvert sur l’effort collectif. Pourtant son pessimisme limite son évolution car ses propos restent trop négatifs : « sans raisonner » (13).


c- C’est donc la position finale de Candide qui l’emporte. Ce personnage a conquis son indépendance d’esprit face à Pangloss : il interrompt son premier discours (10) et reprend ironiquement le dernier par une antiphrase « Cela est bien dit » (24) complétée la négation « mais ». Le héros a surtout élaboré sa propre philosophie synthétisée dans la formule répétée (10-11 et 24): « il faut cultiver notre jardin ». Le verbe impersonnel à valeur impérative « il faut » utilise le présent pour énoncer une règle s’imposant à tout habitant de la métairie. Cette formule est le fruit de l’expérience acquise par Candide au fil de ses épreuves car  le « jardin », mot à prendre à la fois aux sens propre et figuré, rappelle plusieurs étapes de son parcours : le jardin du château (chap. 1), lieu d’un bonheur artificiel et provisoire bâti sur les illusions de la philosophie optimiste de Pangloss ; le jardin de l’Eldorado (chap. 17-18) représentant un idéal utopique que Candide était encore incapable de véritablement comprendre quand il l’a découvert ; enfin le jardin de la métairie, le seul vraiment valable car il est associé aux valeurs du travail : « cultiver », et de l’effort collectif : « notre jardin ».


    Finalement, cette dernière page apparaît comme une véritable synthèse du conte philosophique. Elle clôt le récit en rappelant certaines épreuves essentielles de l’aventure menée par Candide et en rassemblant autour de lui ceux qui l’ont accompagné dans celle-ci. Elle donne également un sens à cette quête en condamnant la philosophie optimiste de Leibniz incarnée par Pangloss pour lui préférer un bonheur plus concret et plus modeste, fondé sur la participation de chacun à l’œuvre collective.

 

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Auteur de ce document: M. Serge Bouhnik

 

 

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