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Lecture analytique n°2

L’extrait choisi précède de peu la fameuse scène du meurtre. Alors qu’il a pris quelques minutes plus tôt  le revolver de son ami Raymond pour l’empêcher de tuer l’Arabe avec qui ce dernier avait un différend, Meursault retourne sur la plage.


Ce passage est plein de tension. Nous sommes plongés dans l’étrangeté du personnage et ressentons la violence de ses sensations physiques. Par ailleurs nous avons l’impression qu’une mécanique implacable  se met en route. Comment l’auteur nous suggère t-il tout cela ?

  • I- L’immersion dans le point de vue étrange de Meursault.

a. Le choix du point de vue interne nous donne la vision du « je » personnage-narrateur. Le passé composé nous rapproche de lui (voir lecture 1)
Des verbes de perception nous font pénétrer dans le ressenti du personnage : « …et je sentais mon front se gonfler sous le soleil »- « Et chaque fois que je sentais son grand souffle chaud sur mon visage… » (l.9-10)
Plus loin (l16) : « Je voyais de loin la petite masse sombre du rocher entourée d’un halo aveuglant par la lumière et la poussière de mer »

Les impressions visuelles sont brouillées par la chaleur : l 28  «  Mais le plus souvent, son image dansait devant mes yeux ». Elles sont aussi limitées par l’angle de vue choisi : « A l’horizon, un petit vapeur est passé et j’en ai deviné la tache noire au bord de mon regard, parce que je n’avais pas cessé de regarder l’Arabe. »
Ces éléments confèrent un grand réalisme au texte et nous plongent totalement dans la conscience du personnage.


b. L’étrangeté de Meursault.
Meursault semble agir sans vraiment s’investir : l.5 « Rester ici ou partir, cela revenait au même »- La même indifférence se retrouve plus loin : l.24 «  J’ai été un peu surpris. Pour moi c’était une affaire finie et j’étais venu là sans y penser. ».
Rappelons tout de même que l’altercation entre Raymond et l’Arabe avait été très violente et que Meursault justement avait essayé d’éviter le pire.
Or  c’est le même Meursault qui dit : « Dès qu’il m’a vu il s’est soulevé un peu et a mis la main dans sa poche. Moi naturellement, j’ai serré le revolver de Raymond dans mon veston. ». La banalité évoquée par le naturellement sonne étrangement.
Meursault semble même agir malgré lui : l 35 – « J’ai pensé que je n’avais qu’un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. ».
Autre caractéristique du personnage, ses difficultés relationnelles : il fuit les sentiments et leur manifestation. (aborder encore les femmes)- (l.4) (l.19 « envie de fuir…les pleurs de femme »)

Pourquoi ce comportement étrange ? Ce retour sur les lieux de l’altercation vécu dans une sorte d’indifférence ?  La violence des sensations physiques ressenties donne une piste.

 


  • II- La violente influence des sensations physiques.

 a. La lumière et la chaleur sont intenses. De nombreuses figures de style le soulignent. Un oxymore (l 5 ) suggère la matérialité d’une lumière tellement forte qu’on peut la toucher : « la pluie aveuglante qui tombait du ciel »- On retrouve cette idée d’une lumière palpable et blessante à travers plusieurs métaphores : « A chaque épée de lumière jaillie du sable »(l14)- « un océan de métal bouillant »(l32).
Des personnifications accentuent l’idée que le personnage est agressé par la nature. Camus emploie des verbes d’action : « Toute cette chaleur s’appuyait sur moi(…) Et chaque fois je sentais son grand souffle chaud… »(l.10)-«  cette ivresse opaque qu’il me déversait » (.13) « Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi » (l.35).
La nature entière est vivante,  la mer elle-même semble écrasée de chaleur : « Sur le sable, la mer haletait de toute la respiration rapide de ses petites vagues. (l.7)

De nombreuses répétition accentuent encore l’impression d’oppression  subie par le personnage et son désir de fuite : J’avais envie(…) , envie de fuir le soleil… , envie enfin de … » (l.20)- « C’était le même soleil, la même lumière sur le même sable…Il y avait déjà deux heures que la journée n’avançait plus, deux heures qu’elle avait jeté l’ancre(…) »(L.30).


b. Cette impression d’écrasement est accompagnée de notations exprimant la souffrance du personnage, souffrance physique intolérable.
« la tête retentissante de soleil » (l.2)- « Je sentais mon front se gonfler.. »(l.9)- « …je serrais les dents, je fermais les poings » (l.9)-
Nous ressentons comme légitime son envie très insistante de se réfugier dans l’ombre et la fraîcheur de la petite source (l. 18-19) et comprenons mieux le geste  fatal qu’il fait : « J’ai fait quelques pas vers la source ».

 

  • III- L’impression d’une fatalité

 

a. Sans reprendre tous les exemples, elle est d’abord produite par le fait que le personnage semble victime d’une nature agissante et agressive. Le soleil déverse des rayons blessants assimilés à une arme, la plage vibrante se presse derrière lui, la nature semble le pousser en avant.


b. Les connecteurs du texte soulignent qu’il est le jouet de forces contraires : à chaque fois qu’il est devant un choix, un « mais » lui impose une voie. (L.4) (l.26) (l.28) (l.35)- La citation la plus claire étant la dernière : « J’ai pensé que je n’avais qu’un demi-tour à faire et ce serait fini. Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. »

 

Conclusion : Cet extrait nous fait ressentir avec force l’étrangeté de Meursault. Le point de vue interne nous coule dans son intimité. Dominé par ses impressions corporelles, inhibé dans relations affectives, il subit ici le diktat du soleil, de la nature, sorte de dieu maléfique qui le pousse vers le geste irrémédiable. Privé de religion et de morale,  l’homme absurde subit  le monde matériel.



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Auteur de ce document: M. Jean-Luc Riffault

 

 

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