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Lecture analytique n°3

L’étranger - Lecture analytique n° 3 –

Le procès a commencé et Céleste vient de maladroitement essayer de défendre Meursault qui touché déclare « c’est la première fois de ma vie que j’ai eu envie d’embrasser un homme ».(p140). Vient le tour de Marie…


La lecture du passage donne une impression de malaise. Camus arrive à nous suggérer le manque d’impartialité de la justice. Comment ?


  • I- L’étrangeté de l’épisode

 

a. Nous retrouvons bien sûr l’étrangeté du personnage- narrateur : alors que sa vie est en jeu, il semble d’abord ému par la beauté sensuelle de Marie. « De l’endroit où j’étais, je devinais le poids léger de ses seins et je reconnaissais sa lèvre inférieure toujours un peu gonflée. »- Meursault dans ces circonstances s’attache aux choix vestimentaires de Marie (l.1-2)


b. La distance de la narration.
Meursault raconte en observateur très attentif son propre procès.  L’impression de froideur est accentuée à dessein par Camus par l’emploi  quasi systématique  du discours indirect. Ce procédé a pour conséquence de gommer la vie et la subjectivité du texte. Nous n’entendons jamais vraiment Marie.  Nous n’entendons qu’une fois le procureur, mais pour une phrase terrible qui résume malhonnêtement les faits.
En parallèle, Meursault égraine les remarques précises et  objectives : l.6 « Elle semblait très nerveuse »- « Marie ne voulait pas parler » (l.15)- « D’une voix presque blanche » (l.20)- « éclaté en sanglots » (l.26).


Or cette observation objective de la scène est très dérangeante. Camus suggère avec force la cruauté d’un  système écrasant l’individu.


 


  • II- Le jeu cruel du procureur

 

Tout dans le texte suggère que le procureur joue avec Marie. « Tout de suite, on lui a demandé depuis quand elle me connaissait. » Le tout de suite montre que le « on » impersonnel et inquiétant souhaite bousculer Marie. Le procureur ensuite est montré comme en train de feindre l’indifférence, comme un chat : « Le procureur qui feuilletait un dossier lui a demandé brusquement… » (l.10)- « Le procureur a remarqué d’un air indifférent » (l.11)- La remarque suivante : « Puis il a dit avec quelque ironie » confirme bien que le procureur feint pour mieux  confondre Marie.
Camus arrive à nous suggérer qu’il agit comme un acteur : « et ici son accent s’est fait plus dur » (l.14)- « très grave et d’une voix que j’ai trouvée vraiment émue » (l.22)- « il a articulé lentement » (l.23).
Camus suggère ainsi une sorte de jeu théâtral : la salle d’ailleurs est captivée (l.21 : «  Le silence était complet dans la salle »- l.25 : « Il s’est assis toujours dans le silence. »


Le procureur joue un rôle, il fait des effets de manche, simule l’émotion, le procureur fait tout ce que Meursault qui répond avec une franchise désarmante refuse de faire ! Camus nous montre ici le triomphe d’une société où il importe de faire semblant, d’être hypocrite.
De là, nous percevons la profonde injustice de ce procès.

 

 

  • III- L’injustice et la partialité du système

 

a. L’émotion de Marie (voir 1-b°) s’oppose très fortement à l’habileté du procureur. Cette disproportion suggère fortement l’iniquité d’un système judiciaire qui broie les faibles.


b. Cette impression est confirmée par le résultat du spectacle monté par le procureur : une anaphore  «  C’est à peine si »- « C’est à peine  encore si » ( l.30-31) souligne le fait que les témoins suivants sont à peine écoutés alors qu’ils tentent de défendre Meursault…



Conclusion : Camus, grâce à son personnage étranger aux faux semblants de notre monde fait ici une satire brillante du fonctionnement de la justice. Une machine à broyer les faibles peuplée de comédiens cyniques.

 

 

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Auteur de ce document: M. Jean-Luc Riffault

 

 

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