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Lecture analytique n°2

Molière : Le Tartuffe, Acte I, scène 1, vers 1 à 70.

 

En quoi les fonctions de cette scène d’exposition comique sont-elles originales ?

 

  • I- Une scène d’exposition classique :

A. Les personnages :

-    Les personnages secondaires sont présentés, de sorte que le lecteur/ spectateur puisse aisément comprendre la pièce : Mme Pernelle représente les valeurs passées (économe, bigote, volonté de respecter les anciens au détriment des plus jeunes) ; Elmire est présentée comme dépensière, et taxée implicitement d’immoralité aux v. 31-32 ; Cléante est présenté comme un libertin aux v. 37-38 ; Dorine est impertinente car elle ne respecte pas la hiérarchie sociale : v. 13-14-15 ; Orgon est le seul, avec Mme Pernelle, à vouloir respecter Tartuffe : seuls les personnages vieux le vénèrent.


-    Le personnage principal est lui aussi bien sûr présenté : il s’agit de Tartuffe, qui donne son nom à l’oeuvre. Vu par Mme. Pernelle, il est un « homme de bien » (v. 42 et v. 78), et un champ lexical mélioratif le rattache à la morale religieuse :  « chemin du ciel » (v. 53), « contre le péché » (v. 67). Tartuffe est présenté dans le rôle de directeur de conscience qui doit conduire la famille dans la voie du salut et de la vertu, comme le prouvent les verbes qui lui accordent une influence : « il faut que l’on écoute » (v. 42), « contrôle » (repris aux v. 51-52), « vous conduire » (v. 53), « se gouvernait » (v. 68). Vu par le clan adverse, la formule « Votre monsieur Tartuffe » (v. 41) traduit, à lui seul, le rejet et le blâme. D’abord la critique porte sur son état social : il est présenté comme un parasite qui, sans argent, profite de celui d’Orgon. Il prend la place du maître (« s’impatronise »), et, en cela, il constitue une menace. Enfin, des doutes sont émis sur sa sincérité religieuse par Dorine et Damis aux v. 69-70 et 72.



B. Le registre comique :

-    La pièce constituant une comédie, il n’est pas surprenant de voir le comique de caractère à l’oeuvre : Mme Pernelle se ridiculise aux v. 13-14 notamment, dans la mesure où elle-même semble vraiment très «forte en gueule»... En effet, elle emploie un ton agressif par l’intermédiaire de verbes à l’impératif (v. 1 et 3), coupe la parole aux autres personnages, et emploie un langage brutal : « forte en gueule », « je ne mâche point mes mots ».

Enfin, au v. 37 elle déclare : «Sans cesse vous prêchez des maximes de vivre» : cela relève aussi du comique de caractère, parce qu’elle-même ne s’en prive pas dans cette scène !


 


  • II- Une scène d’exposition originale :

A. Le lieu : un endroit très imprécis

 - Cette scène ne comporte aucune didascalie à ce sujet : cela est particulièrement original. En effet, les didascalies (du grec didasko = «j’enseigne, j’informe») sont habituellement présentes dans les scènes d’exposition.


-    Le seul renseignement à ce sujet figure au vers 9 : «de chez vous». Cela semble relativement vague.


B. Une scène pleine de suspense :

-    L’exposition fonctionne le plus souvent comme une entrée en scène. Au contraire, ici, le lecteur/spectateur observe une chose originale : dès le début, la scène se présente comme une sortie (v. 1, v. 6, v. 9), qui est sans cesse retardée par les interruptions.


-    Tartuffe et Orgon sont les deux personnages principaux, il est question d’eux ici, mais ils sont absents. Le public a tour à tour entendu du bien et du mal d’eux : ils sont donc impatients de les découvrir.


C. L’intrigue : un débat qui questionne

- Scène d’exposition originale : Tartuffe, le personnage donnant son nom au titre de l’œuvre, n’apparaît pas en chair et en os. Pourtant, on parle de lui mais, curieusement, il n’apparaît pas et, au début de la scène d’exposition, on cherche à la défendre ! Puis on l’attaque... L’intrigue, en toute logique, porte donc sur le visage de Tartuffe : Tartuffe est-il un honnête homme, ou un hypocrite ?


-    Toutefois, Mme Pernelle se ridiculise vite : voir v. 13-14 : elle est bien trop sèche et intransigeante. De même, elle a de moins en moins la parole : le rapport de force s’inverse. Cela laisse à penser que, dans l’ensemble de la pièce, elle va finir par perdre la partie.

 

    Cette scène d’exposition est originale : elle respecte parfaitement les fonctions traditionnelles de la scène d’exposition (informer sur les personnages et le ton de la pièce), mais se situe également en rupture des autres scènes d’exposition de la comédie classique (le lieu et l’intrigue posent question, et cette scène est pleine de suspense). En même temps, la scène repose sur un paradoxe, une contradiction, entre  le registre comique, ici essentiellement soutenu par le personnage de Mme Pernelle, et le thème religieux : il fait naître un enjeu plus sérieux, un conflit de valeurs entre la morale traditionnelle, fondée sur les strictes règles religieuses, et un mode de vie plus libre, car l’individu revendique son droit à la liberté.


   Il est possible de comparer les critiques de scène, portant sur l’hypocrisie religieuse, aux dérives du clergé telles qu’elles apparaissent sous la plume de Voltaire dans son œuvre Candide (cf. séquence V). Il est également possible de comparer cette scène aux autres scènes d’exposition de cette séquence VII, qui se balancent entre tradition et rupture.

 

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Auteur de ce document: M. Clément Bigot

 

 

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