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Lecture analytique n°3

Racine : Phèdre, Acte I, scène 1, vers 1 à 99.

 

En quoi les fonctions de cette scène d’exposition comique sont-elles originales ?

 


  • I- Une scène d’exposition classique

 

A. Les personnages :

-    Les personnages sont nobles, et les références à l’antiquité grecque et à sa mythologie montrent que ce texte relève bien de la tragédie classique : Thésée est qualifié de «héros» (v. 20), et la liste de ses exploits apparaît notamment des vers 76 à 81.
-    Hippolyte est un être «pur», dans la mesure où il déclare n’avoir jamais aimé (v. 99). Ce vers montre aussi son intransigeance. Il est un personnage orgueilleux (v. 69) et intrépide et courageux (v. 55).


-    Théramène respecte la hiérarchie sociale, puisqu’il vouvoie Hippolyte et qu’il se fait tutoyer par lui. Il est son confident (v. 65), ce qui laisse d’emblée penser que la psychologie des personnages est une fois de plus particulièrement importante dans cette tragédie.


B. L’intrigue :

-    Le départ d’Hippolyte constitue le lancement de l’intrigue : «Et je quitte le séjour de l’aimable Trézène» (v.1).


-    Or, ce départ est pour lui une question d’honneur : il doit retrouver son père («J’ignore le destin d’une tête si chère», v. 6)), et sans doute braver quelques dangers (voir par exemple v. 9 à 12). Mais cet honneur est confronté à la passion qu’il éprouve pour Aricie, et que la lucidité de Théramène parvient à révéler : «Seigneur, m’est-il permis d’expliquer votre fuite ? (...) Aimeriez-vous, seigneur ?» (v. 56 et v. 64). Hippolyte veut conjurer le sort qui pèse sur sa lignée : son père était un séducteur qui ternit ses actes de bravoure : «Cette indigne moitié d’une si belle histoire !» (v. 93). Lutte entre honneur et passion inavouable, telles sont les caractéristiques classiques de la tragédie, notamment visibles ici comme dans Bérénice du même auteur ou Le Cid de Corneille.


  • II- Une scène d’exposition paradoxale

 

A. Une scène faisant la part belle à la fuite :

 - Alors que l’on attend traditionnellement qu’une scène d’exposition fasse débuter les prises de paroles, Hippolyte demande rapidement à Théramène de se taire en lui coupant la parole : «Cher Théramène, arrête, et respecte Thésée» (v. 22). De plus, Phèdre est «atteinte d’un mal qu’elle s’obstine à taire» (v. 44).

-    De même, Hippolyte cherche à s’en aller sitôt la pièce commencée : «Et je fuirai ces lieux, que je n’ose plus voir» (v. 27). Or, cela entraînerait probablement un changement de lieu, ce qui n’est pas permis dans le cadre d’une tragédie classique qui se doit de respecter la règles des trois unités : «Qu’en un jour, qu’en un lieu, un seul fait accompli / Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli», Nicolas Boileau, Art poétique).

-    La fuite est également décelable dans les procédés langagiers d’atténuation : ainsi Racine emploie-t-il, par exemple, la périphrase «La fille de Minos et de Pasiphaé» (v. 35) afin de désigner Phèdre, ou encore une litote au vers 55 afin d’avouer de manière très implicite l’amour d’Hippolyte pour Aricie.

-    Phèdre, qui donne son nom à la pièce, est certes nommée ici, mais elle n’apparaît pas en scène : Racine joue donc avec l’horizon d’attente du lecteur/spectateur.

 

B. Une scène aux personnages opposés

-    Hippolyte reprend la parole de Théramène au vers 64 pour mieux la dénier : cette reprise coupe d’ailleurs symboliquement le vers   à la césure : «Aimeriez-vous, seigneur ? / Ami, qu’oses-tu dire ?»

-    Hippolyte s’oppose d’emblée à sa belle-mère, symbolisant le malheur qui l’étreint : «Cet heureux temps n’est plus. Tout a changé de face / Depuis que sur ces bords les dieux ont envoyé / La fille de Minos et de Pasiphaé» (v. 33 à v. 35).

-    Hippolyte s’oppose enfin à son père, Thésée, dans la mesure où il espère rester plus chaste que lui : «Qu’aucuns monstres par moi domptés jusqu’aujourd’hui / Ne m’ont acquis le droit de faillir comme lui !» (v. 98-99).



    Cette scène d’exposition de tragédie classique se situe précisément à la frontière entre tradition et modernité : si les personnages et l’intrigue semblent être de facture tout à fait classique, les procédés d’évitement et d’opposition entre les personnages font l’originalité de la scène.

     Il est possible de comparer cette scène aux autres scènes d’exposition de cette séquence VII, qui se balancent entre tradition et rupture, et notamment à celle du Tartuffe de Molière (voir lecture analytique n°2) : là aussi, les fonctions principales de la scène d’exposition sont respectées, mais la pièce s’ouvre par une sortie (celle de Mme Pernelle), et l’opposition entre les personnages est particulièrement marquée.


 

 

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Auteur de ce document: M. Clément Bigot

 

 

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